Le Glyphosate expliqué en 6 points

Le 8 mars 2019

Le glyphosate est (malheureusement) à la mode dans les médias depuis plusieurs mois. Engagement et désengagement de nos politiques, multiplication des plaintes contre Monsanto/Bayer, sonnette d’alarme et lanceurs d’alerte, il ne se passe pas une semaine sans que le glyphosate soit au cœur de l’actualité en France comme à la Réunion. Mais qu’est-ce qui se cache exactement derrière ce nom devenu quasiment un gros mot ? Voici notre petite contribution en 6 points pour vous permettre d’avoir une vue d’ensemble du problème.

1 – Le glyphosate, c’est quoi ?

Sans rentrer dans sa composition chimique, on va simplement dire que c’est un herbicide très puissant : Une simple dose mélangée dans de l’eau, et adieu les mauvaises herbes, les chardons, les pestes végétales, bref, tout ce qu’on n’aime pas voir pousser autour de nos légumes ou céréales. L’avantage est donc un gain de temps considérable en main d’oeuvre couplé à un faible coût : Et oui, le glyphosate, principalement commercialisé sous la marque “Roundup” par la firme Monsanto (rachetée il y a peu par l’autre géant de la parapharmacie Bayer) ne coûte pas cher, en tout cas moins que la main d’oeuvre qu’il faudrait pour désherber de manière naturelle par exemple. (pour les plus courageux, tout ce qui faut savoir sur la molécule de glyphosate sur ce lien wikipédia)

2 – Qui utilise le glyphosate ?

Jusqu’en janvier 2017, tout le monde en France pouvait utiliser le glyphosate en achetant (entre autre) du Roundup. A compter de cette date, il a été en tout premier interdit aux services des espaces verts des communes : là encore, il était largement utilisé dans les entretiens de voiries, les forêts, les parcs et autres aires de jeux où nos enfants gambadent en toute innocence sous les yeux de parents ne se doutant pas que cette molécule présumée cancérigène traîne un peu partout sous les semelles de leurs baskets.
Nouvelle interdiction depuis le 1er janvier 2019 : cette fois, c’est les particuliers qui ne pourront plus acheter de désherbant contenant cette molécule. Sans le savoir, peut-être l’aviez vous déjà utilisé pour enlever les mauvaises herbes sur votre terrasse ou dans votre allée de jardin ?

Mais rassurez-vous, entre les agents communaux et Monsieur et Madame tout le monde, c’est une goutte d’eau dans un océan. En effet, sur les 9 500 tonnes consommées en moyenne par an, les espaces publics et les particuliers représentent 1 500 tonnes. Le plus gros de l’utilisation revient à l’agriculture avec 8 000 tonnes par an qui sont déversées dans tous les champs de France. A noter également la participation modeste mais constante de la SNCF à cette pollution des sols avec ses 35 tonnes en moyenne par an pour nettoyer ses lignes de chemin de fer.

Petit bonus, la carte des départements où le glyphosate est le plus largement utilisé :

3 – Mais, c’est réellement dangereux pour la santé le glyphosate ?

De très nombreuses études ont été et sont encore menées. Avant de rentrer dans le vif du sujet, il est intéressant, nous semble-t-il, de faire un focus sur l’entreprise Monsanto/Bayer, le plus grand groupe de parapharmacie et produits chimiques au monde, et donc, de fait, un tout puissant du lobbying auprès des instances politiques à travers le monde. Il est donc intéressant de porter à votre connaissance que cette multinationale a été démasquée pour avoir payé des scientifiques d’agences indépendantes qui doivent, pour le compte des autorités sanitaires d’un pays ou de l’Europe en l’occurrence, produire des rapports pour ou contre la mise sur le marché d’une molécule. Et malgré cela, malgré également le fait qu’il est prouvé que la molécule de glyphosate est très difficilement biodégradable dans le sol et dans l’eau (alors que les études sois disant indépendantes tentent à prouver le contraire), le Roundup a pu être mis sur le marché dès 1974, avec un boom des ventes à la fin des années 90 (grâce à Monsanto lui-même et ses fameuses cultures OGM qui on permis du jour au lendemain de pouvoir cultiver des plantes résistantes au roundup ! CQFD). Toujours est-il que cela donne aux scientifiques le recul nécessaire pour pouvoir pointer du doigt sa dangerosité pour l’homme et pour l’environnement.

Donc oui, de très nombreuses études tentent à prouver que le glyphosate est un probable cancérogène pour l’homme. C’est notamment l’étude du CIRC en 2015 qui fait tout d’abord étude de référence. En face, des études des agences sanitaires (vous savez, celles que Monsanto/Bayer ont commandités eux-mêmes) estiment que le risque n’est pas avéré. Une nouvelle étude totalement indépendante cette fois va être lancée par l’ANSE (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du travail) pour 2019. Peut être nous permettra-t-elle de trancher une bonne fois pour toute cette question.

Des procès ont lieu aussi, notamment aux Etats-Unis où ce jardinier américain a réussi à faire condamner Monsanto à payer plus de 289 millions de dollars en dommages et intérêts (mais ne vous inquiétez pas, la firme a déjà fait appel de ce jugement, et ce pauvre homme atteint d’un lymphome incurable n’aura sans doute pas le temps de recevoir un centime de cette somme…).

4 – Peut on se passer du glyphosate ?

Et c’est là tout le problème… Oui, il existe des solutions saines et naturelles, et elles ont toujours existé dans notre agriculture. Le glyphosate a été une innovation, permettant aux agriculteurs de souffler un peu, d’avoir un peu de temps libre plutôt que de désherber manuellement ses cultures, ou alors perdre de l’argent en revenant aux temps de la rotation des sols (système de jachère).

Beaucoup d’alternatives plus modernes existent cependant : des antigraminés qui ont le même effet, on peut également utiliser des machines à désherbage, ou encore des techniques d’étouffement des mauvaises herbes. Mais tout ces systèmes demandent plus de temps, plus de main d’oeuvre, et ne sont pas adaptés à tous les types et surfaces de cultures. La SNCF par exemple (rappelez-vous plus haut, ils consomment 35 tonnes par ans pour désherber les lignes de chemin de fer) a estimé le coût de désherbage sans l’utilisation du glyphosate à 500 millions d’euros par an au lieu de 30 millions actuellement grâce à cette molécule.

5 – Et nos politiques, qu’en pensent-ils ?

Vous l’aurez compris, le glyphosage est un très grand confort d’usage et de coût auquel se sont habitués nos agriculteurs et pas que. Difficile du jour au lendemain d’interdire l’utilisation pure et simple du glyphosate.

C’est pourtant ce qu’a souhaité faire Emmanuel Macron au début de son mandat. L’interdiction totale du glyphosate en France d’ici 2021 (soit en trois ans). C’était d’ailleurs l’une de ses promesses de campagne, et l’arrivée de Nicolas Hulot avait conforté les Français dans cette implication écologique présidentielle. Mais voilà… depuis les choses ont changé, certains lobbys ont dû être activés, et notre Ministre de l’écologie super star de la télé a même fini par démissionner. Aujourd’hui, la position du Chef de l’Etat Emmanuel Macron est la suivante : Ce n’est pas possible, la France ne peut pas se passer du glyphosate, et encore moins dans un délai de trois ans. Pourtant, même notre premier ministre Edouard Philippe avait continué d’y croire jusqu’en mai 2018. La FNSEA s’estime quand à elle satisfaite de cette décision “pragmatique”.

Alors du coup le gouvernement propose une alternative, l’étude au cas par cas des cultures françaises afin de dire si oui ou non ils peuvent continuer à utiliser le glyphosate. Ce n’est pas encore bien concret, mais certains pensent que pourraient être exemptés de l’interdiction d’utilisation du glyphosate l’agriculture en terrasse (où il est compliqué de désherber autrement), ou encore la production de fruits et légumes destinés à l’industrie agroalimentaire où les mauvaises herbes sont interdites tout du long de leur culture.

6 – La Réunion, 2ème au Glyph’Awards

Cocorico ! Encore un prix pour notre île chérie ! Mais avouez qu’on s’en serait bien passé de celui là !

La Réunion consomme en moyenne 50 tonnes par an de glyphosate, et un total de près de 200 tonnes de produits phytosanitaires. On peut ainsi dire qu’on balance plus de glyphosate sur notre petit caillou de 2500 km2 que toute la SNCF sur son réseau de voies ferrées en France !

La DAAF estime que les trois quarts des 200 tonnes de produits phytosanitaires sont utilisés par les agriculteurs. Ces produits sont principalement répandus sur les chemins qui bordent les exploitations et pour tuer les mauvaises herbes dans les vergers et les cultures maraîchères. Récemment en France, des personnalités publiques (mais aussi des français lambda) ont fait mesurer le taux de glyphosate dans leurs urines, à la demande de l’émission Envoyé Spécial. Le résultat a été alarmant ! Il serait sans doute très intéressant d’effectuer ce glyphotest sur un panel de réunionnais des différentes zones de l’île pour comparer un peu… on devrait être surpris !